Réunis au sein du Palais de la République en Rhône. Reflet d’un glorieux héritage esclavagiste, aux alcôves protectrices de bustes centenaires. Le Palais résonne aux sons des voix des lecteurs prononçant royalement des textes illustres :
CESAIRE – GLISSANT – DAMAS, LALEAU ET DU SENEGALAIS DAVID DIOP.

Dans cette grande messe, le regard curieux remarque impuissants l’absence des « Affreux-Decendants », pardon, les «Afro-Descendants». Même pour une date officialisée selon les procédés de la république pour marquer ce passé douloureux du peuple noir, les Noirs blanchissent la salle par leur absence délibérée ou isolée. La République a rendu hommage aux ultramarins en leur absence. Lors du discours du ministre de la justice, Président du Conseil Général, une consœur fut surprise d’apprendre qu’historiquement certains pays d’Afrique noirs furent «d’ultramarins». Cela montre une grande fragilité des «souchiens» en ce qui concerne leur connaissance de l’histoire de France.

De Créolité à Créolisation : Attention : Pas d’opposition entre l’Elève et le Maître

Entre Aimé CESAIRE et Edouard GLISSANT, il ne doit pas y avoir d’opposition. Le premier, précurseur et éclaireur a eu le courage et le mérite d’aider les Caribéens à poser les pieds à terre. Les communautés de la Caraïbe, orphelines, ont pendant longtemps reproduit la culture et un comportement asymptotiquement proche de l’ancien Maître. Césaire leur permit ainsi d’avoir un début de connaissance sur leur ascendance africaine qui s’est altérée progressivement d’abord dans les calles des effroyables caravelles et plus tard dans les champs de durs labeurs des plantations du nouveau monde.
Césaire permit de se rendre compte que le sourire blanc créole n’était pas hérité de la Joconde, le regard pas tout à fait alsacien et leur rébellion marron n’est pas comme le dirait Anne CHEYNET, Vercengétori-machin : mais tous ces caractéristiques sont sans aucun doute Africains.
GLISSANT, ancien disciple de CESAIRE a eu le grand mérite de prolonger la réflexion du maître. Robinson Crusoé, sur son île après quelques jours, quelques semaines et quelques années seul avait tendance à ne plus comprendre ces continentaux jadis ses semblables qui accostaient sur son île.
Edouard Glissant partant des travaux de son professeur a réussi à donner une couleur purement territoriale à ce grand héritage qui a survécu au déracinement, au voyage interminable, et douloureux à fonds de cale.
La créolisation est en somme qu’une forme finement élaborée de la Négritude. Ce que Aimé CESAIRE traduisait vers ses dernières heures par : « L’estime de nous-mêmes ».

Dans son tube extrait de l’album: Dieu, Alpha Blondy nous faisait dandiner sur les paroles suivantes :
« Martinique, Guadeloupe, Guyane, Cayenne, Kourou
Nous avons regardé le soleil se lever
A la Martinique, Guadeloupe, Guyane, Cayenne, Kourou
Nous avons écouté l’océan chanter
Martinique, Guadeloupe, Guyane, Cayenne, Kourou
Nous avons regardé le soleil se coucher.
C’est un soleil, cent visages.
Afrique, Antilles, voyage
« 

Cela s’était traduit à Lyon à l’occasion de la Journée du 10 Mai 2011 par les belles et mélodieuses notes de la Kora d’Afrique qui accompagnait et ponctuait les extraits de Daniel Maximin de la Martinique, Léon Gontran Damas de la Guyane, Eugène Nicole de Saint-Pierre-et-Miquelon, de Nassuf Djailani de Mayotte, d’Anne Cheynet de la Réunion, de Gorodé de la Nouvelle-Calédonie, de JM Tera’Ituani Pambrun de Polynésie et de Birago Diop du Sénégal.

Bacary Goudiaby

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