[POINT DE VUE] “Aux citoyens de ma chère République française” par RAFIK
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Je vous écris cette lettre pour exercer mon droit et mon devoir de citoyen… . Mon droit de me présenter à vous comme français de la deuxième génération.
Mon grand père paternel a fait la guerre et travaillé à libérer la France de 1914 à 1945.
Mon grand père maternel a échappé à la mort sur un peloton d’exécution. Les soldats tuaient un homme sur deux durant la guerre d’Algérie.
Mon père est devenu chef de famille et résistant. Il a travaillé comme ouvrier dès l’âge de 14 ans en Algérie française, puis en métropole pendant 50 ans.
Il ne connaîtra que le SMIC et le droit de se taire.
Ma mère a élevé ses deux premiers enfants. Puis elle a travaillé 35 ans dans un hypermarché, où elle finit par devenir responsable.
Elle ne connaîtra que le SMIC et le droit de se taire aussi.
Tous les deux ont survécu à la guerre. Ils ont toujours payé leurs impôts. Ils ont été des citoyens modèles, et n’ont jamais attaqué les valeurs de notre République. Bien au contraire, ils ont souvent fait preuve de fraternité, de solidarité pour tous ceux qu’ils croisaient.
Pour eux la « Liberté », c’était leur travail, leur logement, leurs enfants et les rares voyages pour rencontrer notre famille algérienne. Ils n’ont jamais connu que cette seule « Liberté »… Celle là même que j’ai souvent perdue.
La liberté de voter ? Ils l’ont eu après 30 ans de vie en France.
Mais mes parents et la République se sont tus.
L’école de la République m’a envoyé dans une voie de garage à l’adolescence. Je n’ai rien vu de l’histoire et de la culture de mes parents.
Mes parents et l’école de la république se sont tus.
Depuis, on me dit tous les jours que je ne suis pas Français.
Dévisagé, épié, soupçonné, fouillé dans les lieux publics. Discriminé, ignoré dans nos administrations. Arrêté, contrôlé, violenté par nos forces de l’ordre. Mis à l’écart des centres villes et des services publics. Invisible, amalgamé ou stigmatisé dans les médias.
Les citoyens et la République se sont tus.
Alors, de la liberté d’expression, j’en ai fais ma vie, mon combat et le socle de mon métier.
Elle m’a aidé à connaître l’histoire, la culture, la religion de mes parents. Elle a forgé mon identité, ma foi, mon indépendance, mes valeurs morales, laïques et républicaines…
Dans le respect, le partage et la paix.
Elle m’a aidé à reconquérir cette « Liberté» qu’ont connue mes parents, elle m’a aidé à réparer les blessures infligées par notre République.
Je souhaite que mon enfant ne connaisse plus ces silences et ces agressions. Mon devoir est donc de lui transmettre l’histoire, la culture, la foi, les valeurs morales laïques et républicaines de ses parents et grand parents…
Tout cela dans le respect, le partage et la paix.
Je souhaite enfin, que grâce à ses parents et à l’école républicaine, mon enfant accède un jour à un emploi, un logement, à la reconnaissance de son histoire et de sa culture…
Toujours dans le respect, le partage et la paix.
Sans tout cela, il n’y aura pas de liberté, d’égalité et de fraternité. Sans tout cela, notre chère République sombrera, comme dans les heures les plus noires de notre histoire. Elle laissera la place à la peur, la méfiance, la violence et la haine.
La République française n’a pas accueilli nos parents comme elle aurait dû le faire. La République française a abandonné ses enfants et cela nous coûte cher. La République française s’est construite grâce à tous ses immigrés d’hier.
A ma chère République, je lance cette bouteille à la mer, que j’ai traversée dans le ventre de ma mère. Je suis français de la deuxième génération… Et vous citoyens, d’où venez-vous?
Mes chers citoyens, ma chère République, le temps est venu de ne plus se taire.
Il est temps de reconnaître sa famille et ses enfants.
Il est temps de leur dire d’où ils viennent pour qu’ils vous pardonnent.
Il est encore temps de les aimer, de les aider à grandir, de les rassembler… Pour qu’un jour enfin, nous partagions ensemble, dans le respect, le partage et la paix, les valeurs citoyennes de notre chère République française.
Liberté, Égalité, Fraternité.
RAFIK
Les écrits contenus dans cette rubrique n’engagent nullement ekodafrik.net mais uniquement leur auteur.

