[MEMOIRE] « 1885-2025 : 140 ans de la conférence de Berlin – Les contextes africain et européen avant la Conférence de Berlin » (1884-1885) par Gwàntigi DIARRA
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Au XIXe siècle, l’Europe est profondément marquée par les conflits d’intérêts entre Nations impérialistes. La montée du nationalisme, stimulée par la révolution industrielle, exacerbe ces tensions. De cela, deux blocs majeurs émergent :
- La France humiliée par sa défaite face à la Prusse en 1871, suite à la guerre franco-prussienne, qui voit la perte de l’Alsace-Moselle, provoquant un profond traumatisme national.
- L’Allemagne, nouvel empire unifié sous la houlette de Bismarck, cherche à asseoir son autorité sans effrayer ses voisins. Elle s’impose comme une puissance militaire et industrielle, bouleversant l’équilibre européen.
La Longue Dépression (1873-1896), qui est une crise économique et impérialiste méconnue du grand publique, est différente de la « grande dépression de 1929 ».
À partir de 1873, l’Europe entre dans une période de récession durable, La crise commence en mai 1873 à Vienne par un krach boursier : la Bourse perd 30 % de sa valeur. En trois mois, 89 banques de Vienne et de Budapest sont contraintes de déposer leur bilan. Cette Longue Dépression, bien que nuancée selon les pays et secteurs, a plusieurs effets :
- Économiques : chute des prix agricoles, surproduction industrielle, chômage croissant.
- Géopolitiques : les États cherchent à sécuriser des débouchés extérieurs, des sources de matières premières et des zones de colonisation pour écouler leurs surplus.
- Sociaux : montée de l’instabilité, des mouvements ouvriers et des revendications sociales, incitant les gouvernements à détourner les tensions internes par une politique d’expansion coloniale.
Le choix de l’impérialisme comme solution aux crises internes :
Face aux défis intérieurs, les grandes puissances : France, Royaume-Uni, Allemagne, Belgique, Portugal, Italie, adoptent une posture résolument impérialiste. La « course au clocher » s’accélère en Afrique, dans une compétition souvent agressive. La Conférence de Berlin devient ainsi nécessaire pour éviter un affrontement direct entre Européens.
Le contexte africain avant la Conférence de Berlin :
L’Afrique post-esclavagiste connait une démographie et des sociétés fragilisées. Depuis le XVIe siècle, l’Afrique a été le théâtre de la traite négrière arabe et transatlantique provoquant ainsi :
- Une perte démographique majeure estimée à des dizaines de millions d’individus.
- La désorganisation de sociétés traditionnelles : certaines s’enrichissent en collaborant avec les négriers, d’autres s’effondrent sous les razzias.
- Un affaiblissement des capacités de défense militaire : moins de main-d’œuvre, rupture des transmissions artisanales et militaires, migrations forcées.
- Des royaumes africains dynamiques mais divisés
Malgré ces épreuves, l’Afrique n’a pas été un continent vide ou désorganisé :
- De puissants royaumes subsistent, parfois florissants : Empires et royaumes : Zoulou, Ashanti, Dahomey, Sokoto, Ethiopie, Kongo, Mandé etc.
- Leurs organisations politiques sont variées : monarchies centralisées, confédérations tribales, structures théocratiques.
- Sur le plan militaire, il y a des résistances tel que celui du roi Béhanzin du Dahomey ou celui du roi Ménélik II d’Ethiopie qui inflige l’une des deux grandes victoires du peuple noir sur les impérialistes européens, la deuxième étant la bataille de Vertières en Haïti.
- Le commerce interafricain reste actif : or, ivoire, sel, bétail, etc.
Il y a eu des résistances, mais une absence d’unité a rendu ces résistances inefficaces.
Les royaumes africains sont souvent en compétition les uns avec les autres, facilitant ainsi l’infiltration européenne. Les rivalités internes (ethniques, économiques ou religieuses) subsistantes ont été exploitées par les puissances coloniales, en jouant la carte du diviser pour régner. Les Européens se sont présentés parfois comme alliés commerciaux ou religieux, avant d’imposer des protectorats.
A la lumière des divers contextes historiques, et les leçons tirées des erreurs du passé, nous constatons ces expériences passées doivent nous servir de référence précieuse pour éclairer notre compréhension et nos choix pour construire le chemin de notre avenir.

Auteur
Gwàntigi DIARRA est originaire des pays de l’AES installé à Lyon depuis 2023.
Comptable, et passionné d’histoire et de géopolitique, il se sent concerné par l’avenir de sa communauté.
[REMEMBRANCE] 1885–2025: 140 Years Since the Berlin Conference – African and European Contexts Before the Berlin Conference (1884–1885)
In the 19th century, Europe was deeply shaped by conflicts of interest between imperialist nations. The rise of nationalism, fueled by the Industrial Revolution, intensified these tensions. Two major blocs emerged from this situation:
- France, humiliated by its 1871 defeat against Prussia during the Franco-Prussian War, which resulted in the loss of Alsace-Lorraine and caused a deep national trauma.
- Germany, a newly unified empire under Bismarck, sought to assert its authority without alarming its neighbors. It established itself as a military and industrial power, upsetting the European balance of power.
The Long Depression (1873–1896), an economic and imperial crisis little known to the general public, differed from the better-known 1929 Great Depression.
Beginning in May 1873 with a stock market crash in Vienna—where the stock exchange lost 30% of its value—89 banks in Vienna and Budapest were forced to declare bankruptcy within three months.
Though it varied by country and sector, the Long Depression had several key consequences:
- Economic: falling agricultural prices, industrial overproduction, rising unemployment.
- Geopolitical: states sought external markets, raw materials, and colonies to offload their surpluses.
- Social: increasing unrest, labor movements, and social demands prompted governments to redirect internal tensions through colonial expansion.
Imperialism as a Response to Internal Crises :
Faced with internal challenges, major powers—France, the UK, Germany, Belgium, Portugal, and Italy—adopted a clearly imperialist stance. The « Scramble for Africa » intensified in an often aggressive competition. The Berlin Conference thus became necessary to avoid direct conflict among Europeans.
The African Context Before the Berlin Conference :
A Post-Slavery Africa with Fragile Demographics and Societies. Since the 16th century, Africa had been the stage for both Arab and transatlantic slave trades, resulting in:
- A major demographic loss estimated in the tens of millions.
- Disruption of traditional societies: some grew wealthy by collaborating with slave traders; others collapsed under repeated raids.
- Weakened military capacities: less available manpower, broken lines of artisanal and military transmission, and forced migrations.
- Dynamic but Divided African Kingdoms.
Despite these hardships, Africa was neither empty nor disorganized :
- Powerful kingdoms remained, some even thriving: Zulu, Ashanti, Dahomey, Sokoto, Ethiopia, Kongo, Mandé, and others.
- Political systems were diverse: centralized monarchies, tribal confederations, theocratic structures.
- Military resistance occurred, notably from King Béhanzin of Dahomey and Emperor Menelik II of Ethiopia, who dealt one of the two major victories of Black people over European imperialists—the other being the Battle of Vertières in Haiti.
- Inter-African trade remained active: gold, ivory, salt, livestock, etc.
There was resistance, but lack of unity made these efforts largely ineffective.
African kingdoms were often in competition with one another, facilitating European infiltration. Colonial powers exploited existing internal rivalries—ethnic, economic, or religious—using divide-and-conquer strategies. Europeans often first appeared as trade or religious partners, before later imposing protectorates.
In light of these historical contexts, and the lessons drawn from past mistakes, it is clear that these experiences must serve as valuable reference points—helping guide our understanding and choices as we shape the path to our future.


Merci pour la publication.
Le rappel sauve l’âme.