📅 Samedi 10 octobre 2026 📍 Lyon [CINEMA] 🎞️ 🇫🇷 🇨🇲Projection du film « Le Goût du vin de palme » en présence de son réalisateur Jean-Pierre BEKOLO

📅 Samedi 10 octobre 2026 📍 Lyon [CINEMA] 🎞️ 🇫🇷 🇨🇲Projection du film « Le Goût du vin de palme » en présence de son réalisateur Jean-Pierre BEKOLO

Ariane BorĂ©al, femme immensĂ©ment riche, fuit sa propre maison Ă  la veille d’une bataille familiale qui menace son empire.
Elle monte dans sa Jaguar.
Au volant : Aristide, son chauffeur camerounais depuis dix ans.
Pour la première fois, elle commence à vraiment le regarder.
Une journée de conversations, de rencontres et de révélations commence.
Paris devient progressivement autre chose.
Le réel se fissure.
Et Ariane découvre peut-être que la solution à ses problèmes ne se trouve pas dans son monde.

« En 1992, lorsque j’ai prĂ©sentĂ© Quartier Mozart au Festival de Cannes Ă  l’âge de 25 ans, le jury prĂ©sidĂ© par Daniel Toscan du Plantier avait formulĂ© une intuition qui n’a cessĂ© d’accompagner mon parcours : « Ce n’est pas du cinĂ©ma africain, mais une manière diffĂ©rente de faire du cinĂ©ma en Afrique. Je dis bien faire du cinĂ©ma en Afrique et non pas faire du cinĂ©ma africain ».

Trente-quatre ans plus tard, mon nouveau long-métrage, LE GOÛT DU VIN DE PALME, sort sur les écrans français ce mercredi 7 octobre. Et il accomplit très exactement le trajet inverse : il propose une manière différente de faire du cinéma français.

C’est un film français d’ailleurs. Un film improbable. Peut-ĂŞtre l’anomalie la plus nĂ©cessaire de ces dernières annĂ©es.

C’est un regard extĂ©rieur posĂ© depuis l’intĂ©rieur mĂŞme du système. Car la France d’aujourd’hui est une rĂ©alitĂ© complexe, faite d’ici et d’ailleurs. Ceux qu’une sociĂ©tĂ© marchande assigne Ă  l’invisibilitĂ© — sur la banquette avant d’une berline ou dans les marges de la mĂ©tropole — habitent ce pays, le traversent, et voient souvent ses vertiges avec une luciditĂ© bien plus aiguĂ« que ceux qui s’enferment dans les salons dorĂ©s.

Aujourd’hui, le cinĂ©ma français traverse une crise silencieuse : beaucoup d’œuvres semblent façonnĂ©es au sein du mĂŞme biotope social, corsetĂ©es par les mĂŞmes guichets institutionnels, les mĂŞmes codes narratifs convenus et les mĂŞmes mĂ©canismes de lĂ©gitimation. Le GoĂ»t du vin de palme arrive comme un objet impossible Ă  classer, parce qu’il ne ressemble Ă  rien de ce que l’industrie avait programmĂ©. Il fait se percuter des univers que le cinĂ©ma maintient d’ordinaire rigoureusement Ă©tanches : l’Afrique et la très haute bourgeoisie europĂ©enne, le grand capital et les ancĂŞtres, l’affaire Bettencourt et le vin de palme, le thriller psychologique et la cosmogonie bantoue, le luxe insolent et les invisibles.

Le film s’est d’abord offert au public Ă  YaoundĂ©, en avant-première mondiale non pas Ă  Berlin, Venise, Toronto, Cannes mais plutĂ´t au festival Écrans Noirs — fondĂ© par notre regrettĂ© Bassek Ba Kobhio, qui nous a quittĂ©s cette annĂ©e et dont la mĂ©moire accompagne ce geste. LĂ -bas, le monde intellectuel camerounais a immĂ©diatement mesurĂ© la portĂ©e du renversement : le Professeur Ambroise Kom a soulignĂ© combien cette Ĺ“uvre osĂ©e « installe l’Afrique dans le trĂ©fonds de l’imaginaire de la haute bourgeoisie mĂ©tropolitaine » en provoquant une dĂ©couverte bouleversante ; le critique Serge Ngankouo y a dĂ©celĂ© une exploration initiatique oĂą l’habitacle d’une voiture devient le sanctuaire d’une rĂ©conciliation avec l’invisible et la tradition ; tandis que la cinĂ©aste Nadine Otsobogo reliait cette Ă©criture, partagĂ©e avec Simon Njami (Revue Noire), aux confluences d’Ozu, de Ferdinand Oyono et d’une subversion totale de Miss Daisy et son chauffeur.

Cette subversion s’enracine dans une question politique et esthĂ©tique dĂ©libĂ©rĂ©ment frontale : de quoi je me mĂŞle ?

Pendant plus d’un siècle, le cinĂ©ma dominant a imposĂ© un sens unique. Le monde occidental s’est mis en scène comme un objet clos, universel et souverain, s’autorisant Ă  analyser, cadrer et prescrire des solutions pour le reste de la planète, alors que plus de 90 % des problèmes africains continuent d’être pensĂ©s Ă  travers des grilles occidentales. Il Ă©tait tacitement interdit Ă  un regard africain de s’immiscer dans les affaires internes de la mĂ©tropole et d’oser dire : « Non, cela aurait pu ĂŞtre pensĂ© autrement ».

Avec Le GoĂ»t du vin de palme, j’ai dĂ©cidĂ© de m’en mĂŞler.

Je n’ai pas cherchĂ© Ă  reconstituer les pĂ©ripĂ©ties judiciaires de l’affaire Bettencourt : je l’ai dĂ©placĂ©e. D’un cĂ´tĂ©, Ariane BorĂ©al (Caroline Ducrocq), l’hĂ©ritière la plus fortunĂ©e d’Europe, captive de son empire et assiĂ©gĂ©e par sa propre famille. De l’autre, son chauffeur camerounais Aristide Zouloutoc (Émile Abossolo Mbo), dĂ©tenteur de deux doctorats universitaires mais assignĂ© au volant.

Dans le schĂ©ma hollywoodien classique de Driving Miss Daisy, l’Ă©mancipation procĂ©dait de la bienveillance condescendante de la patronne blanche. Ici, la dialectique s’inverse radicalement : au cours d’une virĂ©e nocturne dans un Paris spectral, celui que l’ordre Ă©conomique place en bas de l’échelle sociale s’affirme comme le seul esprit Ă©clairĂ©. Il devient le guide philosophique et spirituel d’une femme qui possède tout, mais qui Ă©touffe dans le vide existentiel de l’accumulation marchande. Et si l’Afrique, Ă  travers l’Ă©coute, les ancĂŞtres et le vin de palme — ce breuvage de palabre, de partage et d’arbitrage que l’Occident ignore —, dĂ©tenait le remède aux impasses de la puissance financière ?

Ce film sur l’argent fou et le dĂ©senchantement bourgeois a Ă©tĂ© conçu et fabriquĂ© en dehors de toute puissance financière. TournĂ© en studio en dix jours sur fond vert pour faire de la contrainte technique un instrument d’Ă©mancipation poĂ©tique, il est nĂ© horizontalement, d’amitiĂ©s, de complicitĂ©s et de confiance partagĂ©e entre Berlin, Paris et YaoundĂ©. Il prouve par son existence mĂŞme que le capital n’est plus la seule Ă©nergie capable de faire surgir des mondes.

Ce n’est pas un film qui sollicite timidement une place dans les cases du cinĂ©ma contemporain. C’est une infiltration narrative. Un cinĂ©ma spĂ©culatif qui ausculte l’Occident depuis ses marges tout en tendant un miroir exigeant Ă  nos propres sociĂ©tĂ©s. » Jean-Pierre BEKOLO

Réservation cineduchere@orange.fr

Le site du film https://legoutduvindepalme.fr/

đź“… Samedi 10 octobre 2026
đź•™ 20h
📍 Ciné Duchère
308 Av. Andrei Sakharov 69009 Lyon

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