QUESTIONS À WILFRID LAURIANO DO REGO, COORDONNATEUR DU CPA

Le Conseil Présidentiel pour l’Afrique (CPA) organisera ce vendredi 23 octobre une importante conférence-débat sur l’entrepreneuriat de la diversité et des diasporas africaines en France, en partenariat avec le réseau d’entrepreneurs lyonnais Africa50. Intitulé « Booster l’entrepreneuriat des diasporas entre la France et l’Afrique », cet événement aura lieu de 14 heures à 17 heures et sera retransmis en direct et en streaming sur le compte Facebook du CPA et sur sa chaîne Youtube. Il sera accueilli par le Euclyde Data Center, à Villeurbanne. Une quinzaine de panélistes
(entrepreneurs de la région, représentants de structures d’accompagnement et de financement, de banques, ainsi que le député Bruno Bonnell) prendront part à ces échanges, qui doivent permettre de faire émerger un ensemble de recommandations qui seront remises au Président de la République d’ici la fin du mois de décembre 2020. Lyon-Villeurbanne est la deuxième étape du « Tour de France de l’entrepreneuriat » du CPA, après Bordeaux, et avant Marseille et Paris. Nous profitons ainsi de cette occasion pour faire la connaissance de Wilfrid Lauriano do Rego, coordonnateur du CPA depuis juillet 2019, et Président du conseil de surveillance du cabinet de conseil et d’audit KPMG.

Wilfrid Lauriano Do Rego, vous êtes le coordonnateur du Conseil Présidentiel Pour l’Afrique, créé par le Président Emmanuel Macron au lendemain de son élection en 2017. Quelles sont ses missions ? Comment sont choisies les personnes qui le composent ?

En 2017, le Président de la République a confié au Conseil Présidentiel pour l’Afrique une feuille de route qui tient en deux axes : faire plus parler d’Afrique en France – et ainsi aller à la rencontre de la population et de toutes les couches de la société -, et nourrir une vision renouvelée du partenariat avec le continent, en plaçant en première ligne les sociétés civiles africaines et françaises.

Cette feuille de route se décline en quatre missions : la première est celle d’éclairer le Président de la République française sur les enjeux de la relation entre la France et l’Afrique, afin de nourrir sa réflexion et sa politique extérieure sur le continent africain. La seconde réside dans le développement d’un lien permanent avec la société civile et la jeunesse, afin de prendre davantage en compte leurs attentes. La troisième consiste à formuler des propositions d’actions sur des secteurs d’avenir de la relation entre la France et l’Afrique, tels que I ‘entrepreneuriat, l’innovation, le développement durable, l’éducation, ou encore la santé. Enfin, la dernière mission est celle de transmettre au Président de la République Française les perceptions de la relation entre la France et les pays africains, recueillies en Afrique, notamment auprès des jeunes générations.

Le CPA est constitué d’une douzaine de membres, Africains, Français, Franco-Africains. Ils sont tous issus de la société civile, bénévoles et sans allégeance. Ils ont été choisis pour leur engagement au service d’un partenariat équilibré entre la France et les pays africains.

Nous sommes presque fin 2020. Quel bilan pouvez-vous dresser des actions du Conseil Présidentiel pour l’Afrique ?

Depuis sa création, le CPA s’est fortement engagé et impliqué dans les thématiques et dynamiques qui impactent les diasporas africaines en France, que ce soit en matière de politique, de santé, d’entrepreneuriat ou de développement durable.

Au niveau politique, le CPA a notamment inspiré des propositions fortes du discours de Ouagadougou telles que celles sur les restitutions des œuvres d’art, ou celles sur l’importance de placer les diasporas africaines à l’avant-garde de la relation entre la France et l’Afrique. Le CPA a aussi pris part au débat sur la réforme du Franc CFA, et a formulé des propositions d’action au Président avant son déplacement en Côte d’Ivoire en décembre dernier. 

Concernant l’entrepreneuriat, le CPA – à travers son cycle de conférences-débats déployé dans toute la France (Bordeaux, Lyon, Marseille, Paris) – accompagne et donne la parole aux entrepreneurs des diasporas et de la diversité, qui sont l’avenir de la relation entre la France et l’Afrique. Le CPA mène aussi des réflexions autour d’un mécanisme de micro-crédit digital pour le financement du secteur informel, dans la réponse économique à la crise liée à la Covid-19. De plus, le Conseil Présidentiel pour l’Afrique a organisé un colloque sur l’investissement des diasporas et l’entrepreneuriat en Afrique à l’Assemblée Nationale. Il appuie par ailleurs la plateforme Digital Africa (innovation, numérique), en lien avec 150 hubs technologiques dans 42 pays d’Afrique.

En matière de santé, le CPA a présenté le rapport « Carnet de Santé » qui établit un diagnostic sur le fonctionnement des systèmes de santé et l’écosystème de l’innovation sanitaire dans 6 pays d’Afrique. L’idée était, à terme, d’orienter la politique de coopération française bilatérale et multilatérale vers un soutien à l’innovation sanitaire. Le CPA a aussi produit un rapport de recommandations sur la politique française de santé mondiale en septembre 2019, à la veille du Sommet de Lyon sur la reconstitution des ressources du Fonds mondial Tuberculose / VIH / Paludisme, dont la France est le deuxième contributeur.

Depuis sa création, le Conseil Présidentiel pour l’Afrique a t-il financé des entrepreneurs des diasporas Africaines ?

Non, le CPA est un organe de consultation, de recommandation et d’aide à la décision. Ainsi, il n’a pas de budget propre. Il s’agit plutôt d’un catalyseur, qui se mobilise pour rendre plus visible et pour accroître l’impact des entrepreneurs et des porteurs de projets économiques innovants, issus des diasporas africaines.

Ces diasporas sont des acteurs économiques incontournables du développement économique tant en France que sur le continent africain. Nous essayons par tous les moyens de les guider vers des chemins pouvant révéler le potentiel de leurs entreprises, qui sont sources d’innovation et de croissance en France et dans leurs pays d’origine.

Votre objectif est-il d’accompagner les entrepreneurs des diasporas africaines pour des projets en France ? en Afrique ? ou en France et en Afrique ?

Nous accompagnons les entrepreneurs issus des diasporas africaines de France qui construisent des projets à destination de l’Afrique. Il arrive néanmoins que certains projets naissent et murissent en France avant de s’exporter en Afrique, et que d’autres soient directement implantés sur le continent, dès la phase de conception. Notre objectif est d’encourager ces porteurs de projets, et de lever les freins qui s’imposent à eux.

Ces entrepreneurs sont souvent issus de quartiers populaires, au sein desquels l’intérêt pour l’entrepreneuriat est très prononcé. Cela s’explique par le fait que les grandes entreprises pourvoyeuses d’emplois ne sont pas présentes dans ces zones, amenant donc les personnes qui y vivent à pallier la situation en créant leurs propres structures.

Au CPA, nous pensons que l’entrepreneuriat crée de la valeur, et que l’Afrique, continent en forte croissance – impactée néanmoins par la crise liée à la Covid-19 – est une terre d’opportunités. Pour cette raison, nous percevons l’entrepreneuriat en direction de l’Afrique comme une solution d’inclusion économique durable pour les diasporas africaines en France.

Pourquoi parler de relation entre la France et l’Afrique si les projets accompagnés sont réalisés en France ?

Nous accompagnons des projets créés ou réalisés à partir de la France, en direction de l’Afrique. Le bénéfice de ces dynamiques est mutuel. J’ajoute à cela un point important : le CPA défend l’idée selon laquelle les entrepreneurs de la diaspora doivent avant tout se réaliser en tant qu’entrepreneurs. Ils peuvent et ils doivent se donner le droit de réussir en France ! Entreprendre en direction de son pays ou de sa région d’origine doit être un choix libre, lié à une opportunité d’entreprendre. Nous ne recommandons pas l’entreprenariat par obligation morale : si la dimension économique – ce que j’appelle l’opportunité d’entreprendre – n’est pas au rendez-vous, l’aventure tourne court, et ce n’est pas souhaitable. Nous pensons que s’il est bien accompagné, un entrepreneur de la diaspora qui a réussi en France a toutes les chances de réussir en Afrique.

Avez-vous des séances de travail avec le Président de la République ? A quelle fréquence ? En quoi consistent-elles ?

Nous avons un rythme de rencontre trimestriel. Nous avons par ailleurs aidé à la préparation de son voyage à Abidjan en décembre dernier, au cours duquel il a échangé avec Alassane Ouattara à propos de la réforme du franc CFA. D’ailleurs, nous avons participé à ce voyage.

Est-ce que les doléances que vous allez remonter après ce tour de France des villes au gouvernement et au Président de la République seront consultables en toute transparence ?

Oui, ces recommandations issues de la société civile seront consultables par tous. Nous les remettrons à la Présidence de la République, à la Ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, ainsi qu’à la Ministre déléguée chargée de la Ville.

Le collectif Africa50 à vu le jour en 2010 à Lyon dans le cadre du cinquantenaire de l’indépendance des pays d’Afrique Francophone. Son objectif est de faire la promotion de l’Afrique, des Caraïbes et l’Océan Indien en garantissant l’inclusion des diasporas Africaines pour améliorer le vivre ensemble dans la région Auvergne Rhône-Alpes. Aviez-vous déjà entendu parler de ce collectif qui a célèbre ces 10 ans aujourd’hui en 2020 ?

Oui bien entendu, et nous en avons fait notre partenaire pour l’organisation et la mobilisation en prévision de la conférence-débat sur l’entrepreneuriat du 23 octobre. Je salue et je remercie son engagement et sa mobilisation exemplaires, au service de l’entrepreneuriat des diasporas et de leur rayonnement dans la région Auvergne Rhône-Alpes.  

Merci Monsieur Wilfrid Lauriano Do Rego, coordonnateur du Conseil Présidentiel, de nous avoir accordé de votre temps et soyez le bienvenu à Lyon dans le cadre de ce Tour de France de l’entrepreneuriat !

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