A chaque fois lors de commémoration comme celle du 10 mai, c’est la question de l’égalité devant la loi et de la lutte contre les discriminations qui revient primordiale pour les associations noires africaines. Pour les frères et sœurs ultramarins, il n’est pas acceptable de voir la question de l’esclavage dissoute dans celle de la seule lutte contre la discrimination qui, elle, n’implique ni réparation morale, ni réparation matérielle. On voit déjà se poser deux façons d’aborder les débats entre Noirs de France sur le terrain. Les Ultramarins et les Noirs africains ont des positions en opposition. Il ne s’agit pas ici de révéler des éléments cachés mais de dénoncer des pratiques que l’on veut justement garder cachées et qui ont toujours empêché dans l’histoire les associations noires de fonctionner réellement.
Ce débat n’a pas disparu, il traverse toujours les associations nègres.
La République, bonne fille, par la loi Taubira aura fait un pas en avant. Les Noirs, pardon les Nègres passent leur temps à être en situation de préséance vis-à-vis de leurs interlocuteurs institutionnels, qui pour des postes, qui pour de la considération politique, qui pour de la considération sociale et économique.
Le combat des Noirs de France ne repose sur aucune lisibilité. Les différentes associations ou fédérations d’associations continuent d’avoir une place institutionnelle mais sans visibilité politique, sociologique et économique réelle.
Il ne s’agit pas de détruire la République, il ne s’agit pas non plus de la communautariser, il s’agit simplement de dire qu’un certain nombre de discriminations doivent cesser. Le débat que la France a connu sur le mariage contre ou pour tous est un clin d’œil de l’organisation sociétale pour nos associations qui veulent faire triompher leur cause.

Sur une autre mesure, la question que l’on ne cesse de se poser en de telles occasions est: « Où sont ces associations plurielles capables de relayer leurs actions en dehors de la période très critique du 10 Mai ». Celle de la commémoration?
Comme le disait un intervenant lors d’un débat, une fois le 10 Mai passé, le combat des Noirs en faveur de la lutte contre les discriminations (emploi, logement, etc.) disparaît pour attendre le 10 Mai de l’année suivante. Entendons-nous bien, il n’y a pas que les Noirs qui sont discriminés dans la société française et il n’est nullement question ici de victimisation ou d’autoflagellation

Les Noirs français en tant que citoyens doivent se battre individuellement et ils ont raison. Mais la République n’interdit pas à ses citoyens au nom d’objectifs nobles, de revendications, de valorisations mémorielles comme la dénonciation de la Traite de se rassembler et de réfléchir méthodiquement sur leur histoire. Cela n’est possible que si les Noirs de France africains, ultramarins et ceux d’ailleurs s’accordent un minimum sur un désaccord: la discrimination en direction de leur groupe social et comment s’organiser pour revendiquer des droits de réparation morale ou matérielle tout en acceptant les devoirs de leur appartenance à la République française.

Les Noirs de France de toutes les origines doivent se parler pour travailler ensemble, ce qui n’était pas le cas hier pendant la traite négrière, l’esclavage ou la colonisation au nom d’une position par rapport au maître et ce qui paradoxalement continue aujourd’hui, même si 1848 et les années 1960 ont fait des Noirs des hommes libres politiquement.

Dramane Ouédraogo

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