Bonjour Mr ALEXANDRE GHIBAUDO, vous êtes depuis 2014 adjoint au maire de la ville de Bourgoin-Jallieu chargé des sports; préparateur physique et depuis quelques années le préparateur physique de l’équipe nationale féminine de volley du Cameroun, pouvez-vous nous expliquer votre parcours ?

En 2012 le CSBJ Rugby au sein duquel j’étais préparateur physique a déposé le bilan. J’ai alors reçu une proposition de l’ASUL Volleyball pour devenir le préparateur de leur équipe professionnelle masculine en Ligue A. J’ai alors commencé à poster sur Youtube des vidéos de mon activité de préparateur physique. En Mars 2014 je reçois un mail provenant du Head Coach de l’équipe nationale camerounaise de volleyball, Jean-René AKONO, m’indiquant que les sélections masculines et féminines du CAMEROUN se sont qualifiées pour les Championnats du Monde ayant lieu fin Septembre 2014 et qu’il recherche un préparateur physique pour les 3 mois de préparation. Il me dit qu’il est en contact avec 2 autres préparateurs physiques et finalement au bout de quelques conversations téléphoniques il m’annonce qu’il souhaite travailler avec moi. La première fois que j’ai rencontré le Head Coach c’était donc à l’aéroport de Paris en Juillet 2014 puisque nous partions en Italie commencer notre stage de préparation pour les Championnats du Monde. Et ça a été le début de ma collaboration avec l’équipe de volley du CAMEROUN.

Avec l’équipe du Cameroun vous avez participé aux jeux olympiques de Rio en 2016 et il y a quelques mois vous avez remporté la CAN féminine de volley que représente tout cela pour vous?

C’est une expérience et des émotions que peut provoquer uniquement le sport de haut-niveau. La qualification aux Jeux Olympiques a été le premier marqueur du début de notre domination sur le continent africain. Nous étions les challengers, sans pression et cette qualification a été la fondation véritable du groupe. Pour la CAN, nous avions au contraire une pression énorme puisque la compétition était organisée au Cameroun devant notre public et que nous étions parmi les favoris avec le Kenya. Et cette victoire, qui est devenue la victoire de la nation, car elle intervient à un moment où le foot manque la qualification pour la Coupe du monde, nous a élevé au rang de personnalités publiques au Cameroun. La preuve, le Premier ministre camerounais nous a honoré chacun de la médaille de l’ordre de la valeur.

Sur le plan logistique et pratique comment arrivez-vous à mener à bien vos fonctions d’élu de la République Française et celle de membre du staff technique de la sélection nationale du Cameroun?

Les calendriers de mes deux fonctions ne se chevauchent pas. Les compétitions internationales sont l’été au moment où les clubs sportifs de Bourgoin-Jallieu commencent leurs congés donc je peux rejoindre l’équipe du Cameroun l’esprit tranquille. Et j’ai la chance que mes collègues élus, le maire Vincent CHRIQUI en tête, soutiennent et suivent attentivement l’ensemble de mes activités avec le Cameroun et je les en remercie. Quant aux sportifs de Bourgoin-Jallieu, je pense qu’ils sont fiers que leur élu soit investi véritablement sur le terrain, connaisse les problématiques liées au sport de haut-niveau et qu’il soit présent aux compétitions internationales. C’est une chance pour eux dans les discussions que nous avons ensemble.

Que pensez-vous du sport Camerounais d’une façon globale ?

Je vois un potentiel énorme dans les athlètes camerounais. Sur le plan physique les camerounais sont très forts. Tellement forts qu’ils peuvent rivaliser parfois avec des nations mondiales, en ayant moins de technique et une moins bonne lecture tactique, mais en écrasant l’adversaire sous une pression physique exceptionnelle. Il y a un potentiel chez les athlètes qui n’est pas utilisé. Il faudrait mettre l’accent sur le long terme, sur la formation des cadres techniques, sur le travail de la base, les jeunes et les adolescents en acceptant d’être en échec aujourd’hui pour mieux réussir demain. Le jour où les fédérations camerounaises feront ce pari là, elles commenceront à faire douter les plus grandes nations mondiales dans bien des sports. Je crois que la Fédération camerounaise avec qui je travaille et qui a lancé un plan de refondation est devenue précurseur dans ce mouvement là, et les résultats qu’elle obtient aujourd’hui ne peuvent qu’encourager les autres fédérations à la suivre dans ce chemin du long terme.

Pouvez-vous nous dire comment se déroulent les différentes préparations des compétitions internationales avec la sélection camerounaise?

En général le Ministère des Sports Camerounais en lien avec la Fédération Camerounaise de volleyball définissent une période de stage allant de 21 jours à 3 mois en fonction des compétitions. Ensuite nous travaillons avec le Head coach, Jean René AKONO, sur une planification de travail et cherchons des lieux de stage qui nous permettent à la fois de nous entraîner dans des conditions optimales et à la fois de rencontrer des équipes de haut-niveau en match amical.

Quelle est la force de cette équipe ? Pensez-vous que les Camerounaises puissent un jour apparaître parmi les meilleures nations du monde?

La force de cette équipe c’est une puissance physique au-dessus des autres nations et un mental de groupe hors-du-commun. Nous faisons preuve d’humilité face aux grandes nations du volleyball mais nous n’avons peur de personne. C’est un groupe uni, qui a peu évolué depuis 2014, et qui commence à s’habituer à jouer dans la cour des grands, en compétitions internationales chaque année.
Aujourd’hui nous sommes devenus première nation africaine et 18ème nation mondiale. La route est encore longue mais nous ne cessons de progresser et le processus de formation mis en œuvre par le président de la FECAVOLLEY, M. Serge ABOUEM, en lien avec les pouvoirs publics camerounais, devrait permettre à cette équipe dames de volleyball de se hisser encore plus haut dans les années à venir.

Après votre sacre de champion d’Afrique vous avez reçu les hautes distinctions du mérite Camerounais par le premier ministre du Cameroun que cela représente pour vous?

C’est un honneur. Surtout que je suis un élu de la République française, et que mon propre pays ne m’a jamais remis la moindre distinction (rires). En tout cas, c’était un moment important, solennel et festif à la fois que personne ne pourra nous enlever. C’était l’instant de grâce de ce groupe, de ce staff, qui travaille ensemble depuis 2014. On était fiers de se sentir soutenu, suivi et valorisé par le gouvernement du pays pour lequel on investit autant de notre temps et de notre énergie. Les personnes en France m’ont beaucoup parlé de cette distinction. J’ai vraiment senti la valeur de cette médaille.

Les 31 Août et 1 er Septembre prochain le Cameroun affrontera la Suisse dans le cadre de matches amicaux à Bourgoin-Jallieu pourquoi avoir choisi l’équipe nationale Suisse comme adversaire ?

L’équipe Suisse est une équipe européenne relativement jeune. Elle affiche des similitudes dans le jeu avec notre équipe, à travers des filles au point parfaitement. C’est une équipe qui a commencé sa préparation en amont de la nôtre, puisqu’elle joue la qualification pour les championnats d’Europe en Aout, alors que nous notre point de mire ce sont les championnats du monde fin Septembre. C’est donc bien de pouvoir se confronter à une équipe qui est bien huilée tactiquement afin de nous mettre en difficulté. Mettre en difficulté cette équipe est un vrai challenge avant le tournoi de Montreux, et des matchs contre des équipes que nous retrouverons aux championnats du monde au Japon, comme le Brésil ou la Russie.

En votre qualité d’Elu aux sports comment décliner vous la politique sportive publique de Bourgoin-Jallieu? Pensez-vous que cette politique peut être mise en place dans les pays Africains en général et en particulier au Cameroun ?

Nous avons la chance d’avoir reçu le Label Ville Sportive et Active, par le Ministère des Sports français, pour récompenser la politique sportive que nous avons mis en œuvre depuis 2014. La politique sportive de Bourgoin-Jallieu se décline autour de plusieurs axes : la construction et la rénovation d’infrastructures sportives, le soutien et la professionnalisation de nos clubs sportifs, la mise en valeur de nos jeunes champions à travers le rapprochement avec le monde économique.
Cette politique d’investissement sur les infrastructures et le soutien aux jeunes sportifs trouverait un écho favorable à être mis en place au Cameroun. Si le Cameroun prend conscience de son potentiel sportif, et entreprend de le développer, je ne doute pas que les secteurs culturels, économiques, politiques et médiatiques y trouvent également des bénéfices. Le sport est un formidable vecteur de communication, de cohésion, d’émotions. J’espère qu’un jour ces politiques seront entrepris, même si à l’échelle d’un pays cela demande plus de temps qu’à l’échelle d’une ville de 30 000 habitants.

Que pensez-vous de tout ce qui essaye de se faire depuis quelques années autour de l’éducation et l’insertion par le sport surtout dans les territoires prioritaires ?

C’est formidable. A l’époque où les enfants remettent en question l’autorité de leur parent ou des enseignants, une personne garde l’écoute de l’enfant : l’éducateur sportif. Il faut persévérer dans ce sens et donner les moyens aux personnes qui travaillent dans ces quartiers pour maximiser leur travail.

L’Afrique est un continent dont la moyenne d’âge est de 19 ans quel rôle le sport en général et le volley en particulier peuvent jouer sur le plan du développement économique; socio-éducatif et professionnelle ?

Je reprends ce que je disais plus tôt. Le sport est un vecteur de communication, d’émotions et de cohésion exceptionnelle. Si le continent africain commence à travailler sur la formation des jeunes sportifs, sans leur faire griller des étapes, en admettant que le sport ce n’est pas seulement l’attaque, mais aussi la rigueur défensive, les sportifs africains deviendrait extrêmement forts. Et un sportif qui gagne, c’est un sportif sur lequel on mise. Donc autour de lui une économie se mettrait en place, des actions socio-éducatives avec les plus jeunes, et on lui proposerait une reconversion professionnelle en adéquation avec son talent de sportif.

L’AFD l’Agence Française de Développement se lance en Afrique par le développement par le sport pourrons nous avoir votre avis sur cette nouvelle stratégie ?

Le développement du Sport en Afrique passe par beaucoup d’actions et doit évidemment se faire sur le long terme. Si l’AFD trouve les bons interlocuteurs, ils récolteront rapidement les fruits de leur travail.

Envisagez-vous une coopération décentralisée entre Bourgoin-Jallieu et une collectivité du Cameroun?
Si oui sur quelles Thématiques ?

J’envisage plutôt une coopération entre Bourgoin-Jallieu et des fédérations sportives dans un premier temps. Avec l’accueil de la sélection nationale dames de volleyball, Bourgoin-Jallieu a montré qu’elle pouvait accueillir dans des conditions idoines des sportifs de haut-niveau. Si cette coopération se met en place avec d’autres fédérations, et des discussions sont en cours avec le hand, la boxe et l’athlétisme, alors nous pourrons envisager d’étendre cette coopération à d’autres secteurs d’activités comme la culture, l’économie, l’éducation. Des villes comme BUEA ou KRIBI me semblent très intéressantes pour des échanges franco-camerounais.

Quels sont les objectifs pour les prochains championnats du monde aux Japon en Septembre prochain ?

L’objectif explicite annoncé par le staff est la victoire de deux matchs au premier tour pour envisager une qualification pour le deuxième tour. Nous avons participé aux championnats du monde en 2014, avec une découverte du haut-niveau. Maintenant 4 ans après, nous avons fait les Jeux Olympiques en 2016 et avons gagné la CAN en 2017, donc nous voulons confirmer sur le plan international.

Merci pour les instants que vous nous avez accordés et à vendredi 31 Août à 18 heures au palais des sports de Bourgoin-Jallieu pour ce match de préparation Cameroun – Suisse

Interview réalisée par Jean-Eric SENDE pour « Ekodafrik Sports »

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