Cette Tribune s’adresse à toutes les Têtes de listes aux élections municipales et métropolitaines. C’est à vous et à vos équipes de campagne que nous nous adressons.
Depuis une dizaine d’années, nous nous sommes interrogés sur le peu de candidats ultramarins ou afro-français sur vos listes. Pourquoi nous avez-vous donné si peu de place ? A une époque où la reconnaissance de la diversité est à l’honneur, devons-nous comprendre, à travers le peu de considération que vous avez à notre égard, que notre diversité est moindre que celle des autres, que notre histoire d’esclavage attachée à la couleur de notre peau conditionne encore le traitement qui nous est fait ?
Nous avons regardé les femmes et les hommes mis à l’honneur (les 4 premiers de chaque liste) dans le cadre de cette campagne métropolitaine et municipale et avons découvert que nous ne sommes pas représentés et que, par voie de conséquence, nous ne représentons rien, nous à qui l’Histoire a ôté si longtemps l’humanité.
Parmi les quelques candidats noirs que vous avez retenus (à des places à peine éligibles), nombreux sont ceux qui s’engagent quotidiennement au service des autres et qui ont acquis des compétences et des connaissances à force de travail et de persévérance. Et pourtant combien a été dur le chemin pour arriver jusque-là ! Combien d’obstacles avons-nous dû contourner ! Combien de freins avons-nous dû dépasser !
En dépit de notre volonté d’être avec vous et parmi vous, nous avons toujours eu l’impression d’être en marge de cette société, autour de vous : Toujours utilisés, jamais servis.
Ce Monde est un monde de blancs dominants qui s’accrochent à ses prérogatives et qui rejettent toute immixtion étrangère et a fortiori la nôtre. Pourquoi sommes-nous invisibles ? Pourquoi avons-nous l’impression que c’est davantage envers nous que la xénophobie s’exerce ? Est-ce parce que nous sommes physiquement les plus étranges ? Nous sommes noirs et notre peau selon vos dires à une odeur ! Est-ce pour cela ? Personnifions-nous l’étranger par notre seule apparence ? La croyez-vous si éloignée de la vôtre ? Est-ce parce que notre culture est plus orale qu’écrite ? Est-ce parce que nous n’avons jamais traversé les océans pour coloniser d’autres civilisations ? Est-ce parce que nous avons moins de patrimoine bâti que vous ? Sont-ce là les seuls items constitutifs d’une culture ? N’y aurait-il qu’un seul modèle ? Nous vous disons « NON » !
Craignez-vous que nous poussant sur le devant de la scène, vous perdiez des voix ? Si tel est le cas, vous participez au sentiment ambiant de négrophobie.
ALORS prouvez-nous, à travers les fusions que vous allez conclure pour le second tour, que nous existons et que nous ne sommes pas des demi citoyens. Nous ne maîtrisons pas les règles que vous avez inventés pour ce jeu des « chaises musicales ». Ne nous faites pas disparaître nous les Nègres Invisibles !

Le CODAL (Conseil des Afro-Français.e.s de Lyon)

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