A l’initiative de l’Hospitalité d’Abraham, mercredi 28 août 2013, une cérémonie marquant le 50e anniversaire de la Marche de Washington où le Révérend Martin Luther King a prononcé le célèbre « I have a dream » a eu lieu devant le buste Martin Luther King dans le 3e arrondissement. Plusieurs personnalités ont pris la parole pour rappeler que cette marche avait été un acte fondateur et même si loin dans le temps et dans la distance, la France d’aujourd’hui devait s’en inspirer.

Jérôme Malesky représentait le Maire du 3e arrondissement, le nouveau Consul des Etats Unis Clayton M. Stanger a souligné que cette cérémonie était très marquante pour son pays quant au père Christian Delorme, Président de l’association d’Abraham, fidèle à son combat pour la tolérance, il a rappelé qu’il fallait toujours rester vigilant et que rien n’était acquis. Il est a souligné qu’une forte délégation du collectif Africa 50 était présente.

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Célébration du 50 ème anniversaire de la « Marche sur Washington »
Intervention de Christian Delorme, au nom de l’Hospitalité d’Abraham

Merci à Monsieur Léonard Slatkin, directeur musical de l’Orchestre National de Lyon, qui vient de nous livrer un témoignage qui entre bien en résonance avec ce que le Pasteur Martin-Luther King a prêché tout au long de sa vie, et particulièrement avec ce qu’il avait dit à Lyon lors de son passage dans notre ville en 1966.

Dimanche dernier déjà, à Washington, quelque 200.000 personnes se sont rassemblées devant le Mémorial d’Abraham Lincoln, pour faire mémoire du 50 ème anniversaire de la « Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté ». Aujourd’hui 28 août, qui est le jour anniversaire exact, d’autres rassemblements ont lieu, aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde. Etait très attendu, en particulier, un discours important du Président Barack Obama au lieu même où Martin-Luther King a délivré son célèbre discours connu sous le titre de « I have a dream » et dont on dit qu’il s’agit d’un discours qui a changé l’histoire de l’Amérique.

A Lyon en ce jour, nous nous associons modestement à ces célébrations. Notre ville peut s’enorgueillir d’avoir été la seule ville de province, en France et dans le reste de l’Europe, à avoir reçu le Pasteur d’Atlanta, le 29 mars 1966, dans cette Bourse du Travail auprès de laquelle nous nous trouvons. Robert Vial et Pierre Lévy, tous les deux présents ce soir, ont été les initiateurs de l’invitation faite au Prix Nobel de la Paix 1964, et nous pouvons les remercier d’avoir fait ce cadeau à notre ville. Il eut été d’ailleurs plus juste que ce soit Robert Vial qui parle à ma place, mais sa modestie, une fois de plus, l’en aura empêché. Nous sommes réunis autour de ce buste du pasteur noir que notre petite association l’Hospitalité d’Abraham a pu faire ériger il y a quelques années. Ainsi, Martin-Luther King aura-t-il été, aussi, le premier Noir à être honoré à Lyon de cette façon. J’imagine que tous ceux et celles qui appartiennent aux cultures noires, aux peuples noirs et qui sont rassemblés ici ce soir, s’en trouvent eux-mêmes honorés.

Bienvenue tout particulièrement, en cette fin d’après-midi, à Monsieur Clayton Stanger, le nouveau Consul général des Etats-Unis à Lyon. Notre ville a été une des premières villes du monde à avoir un consul des Etats-Unis d’Amérique, puisque le premier fut nommé en 1826. Il avait pour nom James Cooper, l’auteur du célèbre roman « Le dernier des Mohicans ». Martin-Luther King nous donne encore ainsi l’occasion de vivre ce soir un moment fort de l’amitié entre nos pays, l’amitié entre nos peuples.

Quand l’évènement de la Marche sur Washington a eu lieu, personne ne prévoyait que celui-ci aurait une telle destinée et marquerait définitivement l’histoire des Etats-Unis! Ce n’était pas la première marche sur Washington au mémorial d’Abraham Lincoln: d’autres s’étaient déjà déroulées, pour d’autres causes. De même, le mouvement des droits civiques des Noirs avait déjà conduit des marches pour l’égalité, en particulier quelques semaines plus tôt à Détroit. La Marche du 28 août 1963 voulait célébrer à sa manière le centième anniversaire de l’abolition de l’esclavage proclamée par le Président Abraham Lincoln. Elle eut lieu, cependant, dans un contexte difficile. Et il faisait extrêmement chaud ce jour-là à Washington sous le soleil radieux!

La « Marche pour l’emploi et la liberté » ( son vrai nom ) a été organisée, tout d’abord, quelques mois après une campagne très dure menée à Birmingham, ville de 350.000 habitants à l’époque, dont 40 % de Noirs, où la ségrégation était une des plus terribles de tout le Sud des Etats-Unis. Il y avait là-bas, depuis peu, un gouverneur, George Wallace, dont le racisme à l’égard des Noirs pouvait difficilement être égalé. La ville était surnommée « Bombingham » tant les attentats contre les Noirs étaient fréquents. Entre avril et mai, Martin-Luther King avait conduit dans cette ville de nombreuses manifestation non-violentes. Plus de 3.000 Noirs avaient été arrêtés, principalement des étudiants et des collégiens. Des chiens avaient été lancés contre ceux-ci, et des canons à eau utilisés. Emprisonné quelques jours, Martin-Luther King avait du écrire une devenue célèbre « Lettre de la prison de Birmingham » aux ecclésiastiques de cette ville ( protestants, catholiques, juifs ) qui l’avaient accusé de venir mettre du désordre chez eux.

Par ailleurs, 1963 est l’année durant laquelle les Etats-Unis vont s’impliquer ouvertement dans une guerre du Vietnam qui va durer plus de dix ans. De nombreux Noirs vont être engagés dans ce conflit, envoyés souvent en première ligne. Martin-Luther King va être amené à prendre position contre cette guerre dont la « juste cause » était plus que discutable, faisant valoir que tout l’argent mis dans des oeuvres de destruction irait mieux au service de la lutte contre la misère.

De la Marche sur Washington de 1963, on a surtout retenu le discours de Martin-Luther King. Ce discours est intervenu après plusieurs autres discours de leaders des droits civiques comme Philip Randolph et Roy Wilkins. Le discours avait été préparé la veille avec différents collaborateurs de Martin-Luther King. Celui-ci ne devait parler que dix minutes. Un des rédacteurs, l’avocat Clarence Jones, avait notamment fait mettre dans le discours cette phrase: « L’Amérique a donné aux Noirs un chèque sans provision, un chèque qui nous est revenu marqué « fonds insuffisants ». Les collaborateurs de King lui avaient dit qu’il n’était peut-être pas nécessaire de parler de son rêve, comme il l’avait fait d’autres fois. Mais une fois que Martin-Luther King se retrouva à la tribune, devant une foule de 250.000 personnes ( les deux-tiers de Noirs ) dynamisée par sa voix forte et chaude, les choses vont évoluer. La grande chanteuse Mahalia Jackson, en particulier, va souffler à plusieurs reprises au pasteur tandis qu’il parlait: « Parle-leur du rêve, Martin! Parle-leur du rêve! ». Et tout à coup Martin-Luther King a lâché ses notes, et il s’est laissé guider par un souffle venu de plus loin: « I have a dream… Je fais un rêve »… Et pendant huit minutes qui n’avaient pas été prévues, il va décliner son rêve, donnant à l’Amérique et au monde un discours inoubliable.

Les gens étaient enthousiastes. Cependant, qui imagina ce jour-là que ce discours prendrait l’importance qu’il a acquise? Dès le lendemain, le rêve tourna vite au cauchemar… En septembre, un nouvel attentat tuait à Birmingham quatre fillettes noires. Moins de trois mois après le discours « I have a dream », le 22 novembre 1963, le Président John Kennedy tombait sous les balles de tueurs. Cinq ans plus tard, ce sera, à Memphis, le tour du Pasteur King d’être assassiné.

En fait, après le succès de la Marche du 28 août 1963, l’aura de Martin-Luther King va progressivement diminuer. Grâce au Prix Nobel de la Paix reçu en 1964, il devient célèbre dans le monde entier, mais aux Etats-Unis il se trouve de plus en plus contesté, en particulier dans les Etats du Nord des Etats-Unis où la situation n’est pas la même que dans le Sud. Il doit compter avec des mouvements noirs plus radicaux: le « Black Power » des Black Panthers, les « Black Muslims » d’Elijah Muhhamad et de Malcolm X. De manière déroutante, c’est en fait sa mort en avril 1968 qui va apporter une nouvelle lumière sur le combat de Martin-Luther King et sur ce discours désormais mémorable de « I have a dream ».

Martin-Luther King est resté « l’homme d’un rêve ». Un rêve pas complètement réalisé ( les inégalités entre les Blancs et les Noirs demeurent très importantes aux Etats-Unis ), mais un rêve néanmoins en partie réalisé. Ainsi, qui eut imaginé que cinquante ans plus tard les Etats-Unis auraient un président noir? Barack Obama a dit maintes fois tout ce qu’il devait à Martin-Luther King, et on se souvient que, pour la cérémonie de sa deuxième investiture, il a prêté serment sur la Bible d’Abraham Lincoln et sur celle de Martin-Luther King.

Le rêve de Martin-Luther King nous interpelle nous aussi en France, aujourd’hui comme il y a cinquante ans. En 1963, nous sortions à peine de la guerre d’Algérie. Il y avait du racisme en France, mais notre pays n’était pas encore aussi multi-ehnique, multiculturel, multi-confessionnel qu’il peut l’être de nos jours. Désormais, la France est un pays, une nation qui doit se construire pacifiquement avec des habitants très divers. Les phénomènes de racisme, de ségrégation sont nombreux. Tous les Français sont loin d’être égaux les uns par rapport aux autres, en particulier ceux qui sont originaires des pays de notre ancien empire colonial. Il existe un racisme très très fort, partagé par sans doute une majorité de gens, contre les Roms. Il y a aussi des montées en puissance d’islamophobie… Nous aussi nous devons marcher! Nous aussi nous devons rêver!

Christian Delorme

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