Comme chaque année, la commémoration de l’appel du 18 juin du Général de Gaulle est l’occasion aussi dans le 9e arrondissement de Lyon de rendre hommage aux 27 Tirailleurs africains fusillés par les nazis le 10 juin 1940.

Le collectif Africa 50 était présent comme partie prenante de cette organisation aux côéts de la Mairie du 9e arrondissement de Lyon.

Ce 18 juin 2016 ce sont plus d’une quarantaine de personnes qui étaient présente.

Colette Ilunga est revenue dans intervention sur la place de l’Afrique dans la lutte pour la libération de la France en particulier avec Félx Eboué un peu trop oublié des livre d’histoire.

Discours prononcé par Colette Ilunga le samedi 18 juin 2016 à la Montée Balmont Lyon 9e au nom d’Africa 50

Monsieur le Maire du 9ème arrondissement
Mesdames et Messieurs membres du conseil municipal
Mesdames et Messieurs Président(e)s d’association
Mesdames et Messieurs,

Nous voilà tous réunis autour d’un passé qui nous est commun, un
passé qui ressort des collections, des bibliothèques, des remises et
aussi des mémoires, et qui redevient si proche qu’il en semble
presque vivant. Voilà notre passé ressurgi autour de nous.
Il y a 76 ans jour pour jour, le 18 juin 1940, une voix changea à jamais
le destin de la Nation. Occupée par l’Allemagne nazie, administrée par
le régime de Vichy, la France connaît l’une des pages les plus sombres
de son histoire. Pourtant, un homme exilé à Londres prend la parole,
sur les ondes de la BBC, et appelle les Français à ne pas cesser le
combat. Par son célébrissime appel, le Général de Gaulle fonde la
Résistance.
Le deuxième homme à qui je voudrais rendre hommage aujourd’hui
est Félix Eboué.
L’Histoire a coutume de retenir Albert Camus, Jean Moulin, Stéphane
Hessel ou encore Guy Môquet comme les figures tutélaires de la
Résistance. Or, c’est omettre un homme sans qui la France n’aurait pu
triompher de la barbarie nazie : Félix Eboué, Gouverneur du Tchad à
cette époque.
Son ralliement au Général de Gaulle signe un tournant de la guerre et
offre une légitimité politique à la France libre. L’Afrique devient une
plaque tournante géostratégique d’où partent les premières forces
armées dirigées par les généraux Koenig, Larminat et Leclerc.
Brazzaville devient la capitale de tous les territoires de la France
Libre.
Aujourd’hui, on ne cite plus Félix Eboué dans les commémorations
officielles de la résistance. Dans les manuels scolaires, on ne le cite
plus. En France, excepté sans doute la Guyane sa terre natale, on
n’écrit plus sur l’homme.
Peu de Français savent que Félix Eboué est le premier résistant à
dormir au panthéon depuis 1949 en reconnaissance de ce qu’il a fait
pour la France.
Nous ne sommes pas spécialement connaisseurs de la question des
Tirailleurs africains, nous avons comme beaucoup d’entre nous, tenté
de parcourir la trajectoire de ces héros qui pendant longtemps,
n’étaient pas répertoriés sur les registres de l’armée ou sur ceux de
la Résistance. De ces héros qui sont pour la plupart tombés sans
rentrer dans l’Histoire.
Nous avons ainsi découvert que l’une des dernières batailles livrées
par les Tirailleurs s’est déroulé près du couvent de Montluzin à
Chasselay , et que le 20 juin, c’est 27 tirailleurs qui sont fusillés, en ce
lieu que nous foulons de nos pieds, la Montée de Balmont. Ils furent
les derniers à tomber pour la France avant l’armistice.
Pendant des années, on a peut-être pas cru bien utile de rappeler le
souvenir de ces tirailleurs africains que leur sens du devoir avait
conduits jusqu’au suprême sacrifice. Il ’y avait relativement peu de
reconnaissance de leurs actes que d’aucuns jugeaient naturels et
banals. Avec le temps, il nous faut de nouveau témoigner, raconter et
rappeler l’histoire. Cette cérémonie s’inscrit précisément dans cette
ligne, elle contribue à ce que l’histoire de nos vaillants tirailleurs
africains ne se perde sous la poussière du temps.
Nous ne sommes pas militaristes au point de nous vanter parce que
les tirailleurs africains ont fait la guerre. Mais nous savons tous ce que
c’est que d’avoir fait son devoir, avec ce que cela comporte de
souffrance et de détresse, mais aussi de volonté et de courage. Nous
avons tous conscience que si ce pays est ce qu’il est, si nos enfants
peuvent y vivre libres et heureux, c’est que des citoyens ne se sont
pas dérobés lorsque les heures difficiles sont venues. C’est une seule
et même volonté nationale qui a soulevé, dans tous les temps, les
hommes libres et courageux.
Cela dit, nous ne pouvons faire semblants d’oublier que ces hommes
qui ont longtemps symbolisé l’Empire français et écrit dans le sang
l’histoire de la France, n’ont pas toujours eu la reconnaissance de
leurs pairs et de l’Histoire.
Nous devons également à la vérité historique de rappeler qu’une fois
la guerre terminée, les tirailleurs africains se sont retrouvés avec des
soldes dérisoires alors que les anciens combattants français étaient
gracieusement récompensés.
Mais…rassurez-vous ! Nous nous en voudrions de terminer par une
note aussi dubitative, car même s’ils ont attendu la célébration du
cinquantenaire des indépendances de leurs pays pour être considérés
comme des soldats comme les autres, le dernier combat de ces
illustres tirailleurs a été plus qu’une victoire militaire. Les élus du
peuple avaient, en effet, proclamé en grande pompe l’avènement de
l’égalité des soldes entre tous les anciens combattants qui ont
défendu la France sous sa bannière. Les tirailleurs comme tous les
anciens combattants africains sont ainsi devenus Libres et Égaux avec
les anciens combattants français.
Pour terminer, nous voulons saluer en eux, pas seulement les héros
de certains faits d’armes dans une certaine guerre, mais aussi et
surtout le symbole de cette volonté et de ce courage qui n’ont que
faire du temps.
Aujourd’hui, La participation des soldats africains aux deux guerres
mondiales doit sortir de l’ombre de notre histoire nationale.
Nous devons contribuer ensemble à rendre la Mémoire bien plus
forte que l’oubli.
Que Vive la mémoire des tirailleurs africains
Vive la France.