Comment expliquer qu’il n’y ait guère d’évolution dans la manière de présenter l’Afrique dans les musées français, et que persiste un certain regard colonial ?
Françoise Vergès : « C’est une question très large qui concerne toute la société française.
La France est un cas unique en Europe : elle doit reconstruire aujourd’hui quelque chose qui serait commun à différents territoires.

Il faut bien comprendre que ce pays ne se réduit pas à l’Hexagone.
La société française est composée de Canaques, d’Haïtiens, de Guyanais, de Réunionnais, de descendants de marrons, de bagnards, de colons…
On continue pourtant à faire comme si elle était blanche et chrétienne. Tant qu’on n’aura pas changé cette cartographie mentale et qu’on n’aura pas inclus la colonie au coeur de la société française et de la fabrication de son identité, on ne pourra pas transformer les musées, les manuels scolaires, etc.

-Est-ce dû au fait que les chercheurs ne travaillent pas assez sur cette question ?
On pourrait en faire le reproche de manière générale aux médias, à la classe politique, à l’Université.
Il y a certes des initiatives intéressantes, mais il n’y a pas de dynamique à proprement parler, de mouvement qui s’interroge sur ce qu’a fait la France.
Pourquoi a-t-elle été une puissance négrière pendant quatre siècles ?
Pourquoi a-t-elle voulu avoir l’un des empires coloniaux les plus grands au monde ?

-Qu’est-ce qui empêche que ces questions-là soient au coeur d’un débat sociétal large ?
La France s’est construite comme étant le pays des droits de l’homme et comme ayant apporté la liberté au monde. Or au même moment où elle le fait, elle met en place des régimes d’exclusion.
Il y a une coupure nette entre le pays des hommes libres, la métropole, et ceux où il y aura des sous-hommes, les colonies.
Il faudra bien à un moment donné reprendre ce qui a construit le consentement à tout ça.
Et entreprendre la décolonisation de la France.
 »

Françoise Vergès, présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, pour Jeune Afrique : http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2727p136.xml0/

Le 2 avril 2013, le Secrétaire général du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CPMHE), dépendant du Ministère de l’Intérieur, adressait une « Lettre aux maires de France » officielle, leur demandant solennellement leur engagement dans cette « démarche capitale » qui demeure encore « trop peu visible », et donc leur entier soutien à la journée du 10 mai, Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions.

Le site du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CPMHE) :
http://www.cpmhe.fr/spip.php?article1034