Dans le cadre du Village de la Solidarité qui s’est tenu du 13 au 15 novembre 2015, sur la Place Bellecour de Lyon, nous avons eu le plaisir de rencontrer Nicolas Beaumont, qui présentait une exposition photographique sur une mission Ebola en Guinée « Un automne à Macenta ».

Nicolas Beaumont, photographe indépendant
NB est photographe indépendant, avec une double-spécialité :

  • Médecine pré-hospitalière et soins d’urgence : il a notamment travaillé en France et à l’étranger avec des personnes en souffrance physique, malades ou blessées dans des engins de secours, SAMU, pompiers…
  • Solidarité internationale : il a eu plusieurs expériences sur des projets d’insécurité alimentaire, des projets de réduction des risques de catastrophe, des séismes…

Le virus Ebola
Pour rappel, le virus Ebola provoque une maladie aiguë et grave, souvent mortelle si elle n’est pas traitée. La Guinée, la Sierra Léone et le Libéria ont été les pays les plus touchés en 2014 et 2015 par le virus. On pense que les chauves-souris, très présentes dans la région, sont des porteurs sains du virus. Par ingestion de viande de chauve-souris ou ingestion d’aliments souillés par ses excréments, les êtres humains peuvent être contaminés.
La transmission interhumaine se fait ensuite par contact direct avec des muqueuses exposées (plaies, bouche, yeux, organes génitaux…), notamment lors de la toilette des personnes malades, ou avec des objets souillés par le virus. Pendant les rites mortuaires non sécurisé, il y a risque important de contamination, car les corps sont lavés, les vêtements sont changés, et il y a beaucoup de contacts entre la personne décédée et son entourage.
Aujourd’hui, il n’y a pas de traitement spécifique contre Ebola, et le traitement médicamenteux permet juste de donner du temps à l’organisme pour développer une réponse immunitaire et vaincre la maladie. Un des enjeux d’un CTE, c’est de prendre en charge le plus rapidement possible une personne présentant les symptômes de la maladie, afin d’améliorer ses chances de survie.

Approche anthropologique et travail avec les communautés
La Croix-Rouge effectue un véritable travail d’accompagnement des personnes guéries pour leur retour dans la communauté. Cela passe par un travail de sensibilisation des personnes guéries à leur statut de guéri (précautions à avoir, période d’immunité longue, risque de transmission par le sperme pendant un certain temps…) et par travail de présentation à la communauté pour que les personnes soient bien acceptées. Même s’il y a certains rejets de personnes guéries ou de personnes suspectées d’avoir la maladie, grâce à cette approche communautaire, il y a néanmoins une bonne acceptation de la communauté pour réintégrer la personne guérie.
Pour éviter la propagation du virus, les corps des personnes décédées étaient brûlés en Sierra Léone et au Libéria, où la situation en milieu urbain devenait ingérable. Mais la crémation était culturellement très mal perçue. En Guinée, les corps n’ont pas été brûlés, mais enterrés avec des mesures de protection extrême, dans des sacs en plastique. Il y a eu un vrai travail de sensibilisation pour faire comprendre aux communautés la nécessité d’utiliser du chlore et des sacs mortuaires. Ce travail avec la communauté pour savoir comment mêler tradition et biosécurité ont permis de ne pas faire de concessions sur la biosécurité, tout en respectant les traditions mortuaires. Par exemple, la couleur du sac  – noire – ne correspondait pas aux couleurs du deuil en Guinée, donc la Croix-Rouge a fait venir des sacs de couleur blanche, pour une meilleure acceptation par la communauté. Ces compromis sont essentiels pour trouver un équilibre entre la biosécurité et le rite mortuaire qui est nécessaire, notamment pour le travail de deuil.

Ebola, et maintenant ?
Aujourd’hui, il y a des signes encourageants pour que la Guinée soit déclarée libre d’Ebola, grâce au travail des humanitaires, et par relais, des communautés, qui ont entendu et appliqué les messages de prévention, ce qui a permis de casser les chaînes de contamination. Il existe encore quelques cas positifs en Guinée, mais il n’y a pas de nouvelle contamination depuis un certain temps. Il faudra attendre 42 jours après la disparition du dernier cas d’Ebola pour proclamer l’éradication totale.

La mission en Guinée pour la Croix-Rouge
En novembre 2014, NB est recruté par la Croix-Rouge comme Délégué de communication pour réaliser des photos et vidéos en Guinée dans les Centres de Traitement Ebola (CTE). Ces outils ont servi à la communication externe (relations institutionnelles, blog, site Internet), mais également à la communication interne au réseau Croix-Rouge et à la mission, avec deux cibles : les salariés et la population locale. Pour les salariés, l’objectif était d’informer les délégués et les staffs nationaux de ce qu’il se passe sur la mission et de faciliter l’envoi de photos personnelles à la famille. Pour la population locale, il était important de créer des outils de communication pour les communautés afin de les informer sur la maladie et les Centres de Traitement Ebola.
NB a pris le temps d’aller à la rencontre des patients pour leur expliquer l’objectif de son travail et en a reçu une bonne acceptation. Il leur a toujours demandé leur accord oral pour être pris en photo et être filmé. Pour moi c’était primordial de savoir comprendre la détresse de l’autre, de savoir comment se positionner par rapport à cette détresse et comment présenter la prise d’image sans tomber dans le voyeurisme.
NB a pris le parti de ne pas prendre de distance, de s’approcher au plus près, de rentrer dans la zone à haut risque des CTE pour travailler. L’objectif était de réduire au plus la distance pour témoigner au mieux de la situation. Il y a eu un véritable virage dans ma pratique photographique sur cette mission-là, parce que je me suis encore plus rapproché pour pouvoir aller chercher cette sincérité et pouvoir la transmettre.

L’exposition photo
L’exposition est née de la volonté du Bureau Technique Santé de l’Agence française de Développement (AFD) afin de faire connaître le projet dont ils sont bailleurs. Une sélection de 22 clichés avec l’AFD a été faite pour montrer une réalité d’Ebola, en mettant en avant les personnes qui travaillent au plus près des malades.
L’exposition a débuté en mars 2015, d’abord à Conakry, puis à Paris, lors de différentes manifestations. Elle a été présentée à Lyon dans le cadre du Village de la Solidarité Internationale à Bellecour, les 13, 14 et 15 novembre derniers.

Le retour de mission
La Croix-Rouge a mis en place une Cellule de Gestion du Stress pour toutes les missions humanitaires : des briefings psychologiques avant de partir, points psys pendant la mission et accompagnement personnalisé au retour, avec des espaces de parole et une prise en charge médicamenteuse, si besoin.
Le retour de mission, c’est assez compliqué… Dans la démarche de création, on accepte de s’exposer et d’en prendre un peu sur soi… Aujourd’hui, je fais encore des cauchemars, et revois ou entends encore des annonces de décès, je vois encore des corps… C’est aussi un travail de deuil, d’acceptation.

Des projets ?
Faire tourner l’exposition en Rhône-Alpes, avec l’appui du Consul honoraire de Guinée, basé à Lyon.
Repartir en Guinée pour un travail sur des actions communautaires avec la Croix-Rouge d’ici la fin de l’année.
Repartir ailleurs, plus tard…

Aline Mandrilly

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