Depuis les années 1970, la plupart des services sociaux et des infrastructures ont été financés par les migrants et sont entretenus par l’argent qu’ils continuent d’envoyer.
Des acacias à perte de vue. C’est le seul paysage qui s’offre aux voyageurs qui empruntent l’unique route goudronnée qui relie Bamako à Kayes, au Mali. Il faut entre huit et dix heures pour rallier cette ville, capitale administrative de la région du même nom. Cela dépend surtout du nombre de camions renversés au travers de la chaussée. Aujourd’hui, il n’y en a que deux, éventrés au bord de la route.

Enclavée, proche des frontières du Sénégal et de la Mauritanie, Kayes a toujours été un lieu de passage. Jadis surnommée la « cité du rail », en référence à son train de marchandises et de voyageurs qui reliait Bamako à Dakar, cette ville de 2 millions d’habitants a perdu de sa superbe au fil de la déliquescence des voies et des sécheresses sahéliennes. Les villages qui dépendaient exclusivement du rail se meurent, leurs habitants s’en vont.

Selon des statistiques nationales, deux ménages sur trois auraient un parent à l’étranger. Dans un Mali carrefour des civilisations, cette mobilité n’avait, jusqu’à très récemment, pas de connotation péjorative. Mais aujourd’hui, elle s’explique non seulement par le climat, mais aussi par une économie délétère. Personne ne veut rester « dans la Cocotte-Minute de l’Afrique », plaisante Bourama Touré, un chauffeur qui fait régulièrement le trajet Bamako-Kayes.
« Les gens se sont pris en main »

Pourtant, dans le village de Koniakari, à 60 km de Kayes, les belles bâtisses en pierre, parabole sur le toit, sont presque aussi nombreuses que les maisons en terre cuite. « Ça veut dire qu’il y a un parent à l’étranger », explique Bassirou Bane, le maire de la commune. Dans cette région, la population a vite compris qu’elle ne pouvait rien attendre de l’Etat. De l’indépendance, en 1960, jusqu’en 1970, le gouvernement n’a construit « qu’une agence postale dans ce village, alors les gens se sont pris en main », raconte l’édile, tranquillement assis dans l’enceinte du centre de santé communautaire. Un investissement de 120 millions de francs CFA (183 000 euros) entièrement financé par les migrants originaires du coin.

Chez certaines ethnies qui peuplent cette partie du Mali, la migration est encouragée. Peuls, Soninké, Khassonké… tous prennent la route. C’est un rite de passage à l’âge adulte. Singalé Soumaré a passé vingt-deux ans en France, avant de revenir s’installer à Kayes. « Chez les Soninké, nos parents nous encourageaient à aller voir ailleurs. Surtout pour aller chercher du travail, car à l’époque, ici, il n’y en avait pas. » L’époque dont parle Singalé Soumaré, c’est le milieu des années 1970. Des dizaines de milliers de Maliens, fuyant notamment les sécheresses, émigrent alors vers les pays voisins : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée, mais aussi le Congo-Brazzaville ; d’autres prennent la direction de l’Europe.

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