barbara _digniteLongtemps, ont été niées, ignorées et méconnues la similarité et l’unicité des comportements culturelles ou pratiques sexuelles dans le monde. Aujourd’hui en Afrique et plus particulièrement en Côte d’Ivoire, où le débat est encore tabou, ces pratiques sortent au grand jour. Certains quartiers d’Abidjan tels Marcory (zone 4), Cocody (boulevard Latrille – côté Ivoire)… ont leurs lieux de rencontre où prostituées, homosexuels et travestis cohabitent en toute quiétude sous le regard amusé des riverains. Si les prostituées, et à quelques degrés moindres les homosexuels, sont tolérés, le cas des travestis reste encore incompris.

BARBARA, Paul à l’Etat civil, porte avec une grande dignité le flambeau de cette dernière catégorie si différente. Présidente de l’association des travestis de Côte d’Ivoire, elle mène, d’Abidjen à Johanesburg, en passant par Londres et Paris où elle réside actuellement, le dur combat de la reconnaissance des droits de cette minorité.

De passage à Lyon, ekodafrik.net n’a pas raté l’occasion de l’approcher. Pour nos lecteurs et pour ceux qui veulent en savoir plus sur le combat qui est le sien, la « go-gars » s’est confiée.

BARBARA, je ne sais pas si je dois vous dire « il » ou « elle » ?
Alors « elle » parce que c’est ainsi que je me présente. Et « il » bien sûr à l’Etat civil que je ne changerai jamais d’ailleurs.


Quel est votre
nom à l’origine ?
Mon nom reste très secret par rapport à ma famille parce que je ne veux pas la mêler à mon histoire.

Et votre prénom ?
Mon prénom est Paul et celui de ma reconversion, BARBARA.


BARBARA, vous êtes beau, vous êtes belle…barbara

Je sais que je suis une belle femme.

Alors racontez…
Je suis Présidente de l’association des travestis de Côte d’Ivoire, une association reconnue de bouche à oreille. Nous ne l’avons pas déclarée car nous n’avons pas jugé cela nécessaire. En revanche nous aurions pu la structurer en ONG. Nous nous sommes simplement regroupés afin d’améliorer notre quotidien et gérer, en notre sein, les problèmes liés à notre condition. Nous souhaitons effacer beaucoup de préjugés qui sont sur nous et essayer de comprendre les autres.
Lorsque nous avons créé notre structure en 1995, nous avons organisé une soirée qui a fait beaucoup de remous à Abidjan. De nombreux journalistes se sont infiltrés dans la manifestation et ont fait des photos qu’ils ont publiées dans les journaux sans notre accord. Cela a fait un scandale parce que c’était une soirée privée et nous n’avions pas l’intention de nous dévoiler tout de suite. On voulait s’enraciner, avoir normalement nos bases avant de s’afficher. Nous nous sommes fâchés, nous avons fait la grève et cela a eu une portée mondiale. Des journalistes sont venus d’Europe et nous ont proposé de nous filmer. Ce fut une opportunité, c’est d’ailleurs leur reportage diffusé et rediffusé par la chaîne Arte que tout le monde a vu en France. A partir de ce moment, nous avons été sollicités de partout. Nous avons fait le festival gay et lesbienne de Paris en 1998, j’ai représenté toute l’Afrique de l’Ouest à la première conférence mondiale des gay et lesbienne en Afrique du Sud en 1999, j’ai participé au festival de films gay et lesbiennes en Belgique, j’ai fait le festival de Cannes, J’ai obtenu un prix à Londres pour le mouvement que je dirige et j’ai été récompensée comme playmate de l’année aussi à Londres. Je prépare un voyage à San Francisco (USA) où la communauté noire, encore frileuse, sur ces pratiques-là, m’attend.

Quel est le nombre de travestis en Côte d’Ivoire ?
Certains sont connus d’autres pas, on peut estimer leur nombre à une cinquantaine parmi lesquels beaucoup viennent des pays frontaliers car nous sommes plus tolérants.

« Il » au lieu de « elle » ou « elle » au lieu de « il »… comment se sent-on dans la peau d’un travesti ?
On est « elle » sachant qu’on est « il ». Un travesti c’est un garçon avant tout. En ce qui me concerne, je sais que je suis naturellement femme. Je sais qu’on se trompe beaucoup sur moi mais je suis toujours homme. Je revendique toujours cela. Quelqu’un qui ferait une opération ne sera plus un travesti mais un transsexuel. Dans ce cas, il pourra rentrer dans le cadre des « elles » en sachant qu’il est « il ». Les travestis et les transsexuel c’est très différent. Maintenant avec les homosexuels c’est autre chose. Il y a des gens qui se posent beaucoup de questions sur leur vie. Il y a des vices, des fantasmes. Il y a la seconde nature et la vraie vie de quelqu’un. Un travesti ou un homosexuel, c’est toute sa vie, ce n’est ni un fantasme, ni un vice, c’est son quotidien et son devenir.

barbaraTravesti, transsexuel et homosexuel, quelles sont les différences ?
Nous avons tous un point commun au départ c’est que nous sommes des garçons. C’est dans la pratique, la manière de voir la vie et de se comporter que les choses changent. Chez les homosexuels, il y a les actifs et les passifs. Les travestis ne sont la plupart du temps que des passifs même s’il y a des actifs.


En ce qui vous concerne…

(Rires) Je suis toujours actif, socialement parlant et autre part aussi.

… et pourtant vous ne fréquentez qu’un milieu de femmes…
Pas spécialement, je suis de tous les milieux. Je fréquente des hétérosexuels, des homosexuels et aussi des femmes qui sont mes sœurs d’ailleurs. Cependant, il m’est arrivé d’avoir des copines, souvent hors du milieu que je fréquente.


Avez-vous subi une opération, une transformation particulière ?

J’ai été féminine depuis très longtemps. Lorsque mes parents recevaient des invités et que je me présentais, on leur demandait si j’étais leur première fille. Une personnalité à Abidjan a dit à mon endroit un jour : « cette fille ressemble à un garçon » et on lui a répondu que c’est plutôt un garçon qui ressemble à une fille. A l’école, on m’appelait femmelette. Je n’ai donc subi aucune opération.
Au delà du physique, je suis quelqu’un de très équilibré, libre de tout et pas coincé du tout. On a la chance de vivre le troisième millénaire. Autant bien en profiter.
Je suis gourmande de tous les plaisirs de la vie de tout ce que la nature peut nous offrir en bien. J’aime bien manger, bien boire, écouter de la bonne musique et pour couronner tout ça des soirées coquines.
Le regard des autres m’amuse quelque fois mais en général ne me préoccupe pas car je suis ce que je suis, je vis ma nature. En revanche, c’est pour mon association que je suis soucieuse. La discipline et le respect des autres doivent guider notre comportement car si un travesti qui commet une indélicatesse, cela rejaillit sur tous les autres.

Quelles sont vos relations avec votre famille ?
Elles sont normales. J’ai été un enfant correct, j’ai appris un métier qui est celui de coiffeuse – esthéticienne. J’ai, à ce sujet, remporté le prix de la meilleure coiffeuse en Côte d’Ivoire en 1995 C’est lorsque j’ai pris mon indépendance que j’ai affirmé ma différence. Au début c’était dur pour ma mère parce que je suis le premier garçon de la famille. Si mon père a été un peu tolérant, c’est parce qu’il a longtemps vécu en Europe. C’est pour mes parents qui sont des gens respectés que je ne parle pas souvent de ma famille.

Quel est le message qu’on peut retenir ?barbara
Je n’ai pas de leçon de morale à donner aux gens mais je prône le respect, la différence. Je demande aux gens d’être gentil car il est plus facile d’être gentil que d’être méchant. Il se passe tellement de choses en Afrique qui désolent. Et qui découragent. Nous les africains, les Noirs de tous les pays ferions mieux de nous défendre contre la mondialisation, de revendiquer notre différence. On a déjà subi le racisme qui sévit encore.
Depuis que je voyage beaucoup, je ressens bien plus ma couleur comme une différence que le fait que mon travestisme.

Au terme de notre discussion, c’est une personne équilibrée, fascinante d’ailleurs qui nous a marqué à l’esprit. Son éducation, son éloquence et son intelligence sont les atouts qui ne lui sont pas discutables. BARBARA sait qui elle est, ce qu’elle fait et quelle combat elle mène. Le droit à la différence est son credo.
Si elle est décriée, aujourd’hui, dans notre société encore frileuse à ce sujet, ne serait-elle pas demain un héros pour la cause ?
L’avenir nous le dira…

« IL » OU « ELLE »

BARBARA, il faut l’avoir vu pour le croire.
A la vérité, elle a tout d’une femme.
Elle est belle et gracieuse.
Son regard malicieux et son art de la provocation aguichent au premier contact.
Coiffure soignée et visage fardée, elle marche d’un pas alerte et calculé.
Son goût pour la bonne chère et les délices de la vie lui font afficher des rondeurs d’opulence, ce qui déroute l’incrédulité.
BARBARA impressionne et excelle dans sa prédisposition à intégrer avec facilité le milieu des femmes avec lesquelles d’ailleurs elle partage son quotidien.
On pourrait mettre au défi quiconque trouverait le « maillon faible » au sein de son assemblée.
Combien de cavaliers solitaires l’ont langoureusement enlacée au rythme du zouk-love sans se douter un seul instant que la cavalière était en réalité un homme.
Pour une transformation, elle est réussie. BARBARA est bien dans sa peau de femme. Elle collectionne les apparats et les colifichets de son genre mais a une préférence pour les gâteries : fleurs, bijoux… et surtout les soirées coquines.
« Je craque pour les hommes et pour les plaisirs de la vie » aime à le dire BARBARA.

VERS UNE CARRIERE POLITIQUE ?

MORALITE ET IMMORALITE

Nombre de compatriotes ne s’en remettent pas encore.
Le reportage qu’ils ont vu à la télévision sur la chaîne Arte est encore au centre des conversations.
Les travestis en Côte d’Ivoire comme aux Bois de Boulogne ? Incroyable.
Une BARBARA, un garçon devenu une vraie-vraie femme, qui parle à visage découvert de sa différence, il fallait le voir pour le croire.
La Côte d’Ivoire, même si elle est une nation tolérante, est-elle prête à accepter une telle réalité ?
Le droit à la différence et la liberté des moeurs peuvent-ils permettre tout ?
Ici et ailleurs, on traque les pédophiles, on condamne le harcèlement sexuel, on lapide à mort des femmes infidèles… et pourtant on accorde aussi des droits aux couples homosexuels jusqu’à leur célébrer des mariages aussi bien dans les mairies que dans les lieux de culte.
Devant cette distorsion, la moralité de notre société est sujette à question.
Le combat de BARBARA, ce jeune garçon, qui a choisi de vivre avec une apparence féminine posent de nombreuses interrogations.
Toutefois, le courage de son combat et l’abnégation de cette quête permanente du droit à la différence vis à vis de l’hostilité de la société africaine mérite d’être souligné.

Un travesti dans l’Hémicycle en Côte d’Ivoire, pourquoi pas ? Tel est l’aveu de BARBARA.
La belle jeune fille au visage candide et comportement parfois provoquant n’y va pas de main morte. « La singularité de mon combat mérite qu’on le porte au plus haut niveau ».
Il est évident que le support médiatique ne saurait suffire.
C’est sur l’échiquier politique désormais que « Mademoiselle » entend mener les revendications de son organisation.
« Nous les travestis sommes une spécificité qui méritons d’être entendus ».
L’Assemblée Nationale, étant la représentation de la population et lieu de débat, devrait envisager d’écouter les minorités aussi perverses qu’elles soient afin d’entériner ou désapprouver les desiderata des citoyens.
BARBARA entend s’y atteler de toutes ses forces et de toute sa grâce. Pourquoi pas ?
En vérité si une partie du peuple lui accorde son suffrage, la dame qui dérange rentrera dans l’histoire.
Au delà de sa fougue et de la volonté, les esprits sont-ils prêts à accepter cette coexistence avec cette minorité dérangeante.

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