Mercredi 2 juin 2010 – Lyon (France) – Chargé de mission des politiques publiques au Conseil Général du Rhône et Président et fondateur du Club Rhône Alpes Diversité depuis sa création en 2006, cette association loi 1901 réunit des femmes et des hommes de toutes origines (France, DOM, Maghreb, Afrique) et de professions variées. Son but : valoriser et promouvoir la diversité culturelle à tous les échelons institutionnels de l’agglomération lyonnaise, en démontrant l’intérêt de la diversité pour le territoire.

C’est à l’occasion de la 2e édition de la « Diversité en Action » qui rassemble tous les acteurs de la diversité que j’ai rencontré Ali Kismoune.

Selon A.K, deux dimensions coexistent, d’un côté, il y a la lutte contre les discriminations avec des dispositifs spécifiques mis en place sur lesquels on travaille et on agit pour lutter contre les discriminations et de l’autre, il y a la valorisation et la promotion de la diversité sur laquelle nous essayons de sensibiliser un maximum de personnes. La promesse républicaine basée sur la méritocratie n’étant plus d’actualité.

Pour certains, parler de la diversité permet de ne pas parler des inégalités sociales. Une personne diplômée à cinq fois plus de chance de s’en sortir si elle n’est pas issue de la diversité. Face à ces inégalités, il faut sortir du compassionnel pour entrer dans l’opérationnel. Il faut une réelle prise de conscience et pour cela, il faut entrer dans l’action.

Tout simplement parce que l’année passée cette évènement a connu un véritable succès et que l’on a trouvé judicieux de renouveler cela pour cette année. Notre but étant de continuer cet effort de sensibilisation. Avec encore plus de personnes attendues cette année et parmi elles, de nombreuses personnalités engagées sur cette question. Nous avons signé avec le Progrès une convention de partenariat qui repose sur la sensibilisation et la valorisation de l’agglomération lyonnaise avec des retentissements à l’international. Je crois à la valorisation par la preuve, les gens présents deviennent alors eux même naturellement ambassadeurs.
Cet évènement reste un des plus importants en France réunissant autour de la diversité des partenaires économiques, des médias et la société civile.

Je plaide pour les statistiques de la diversité, il faut nécessairement évaluer la mise en œuvre des actions. Bien entendu, il faut que cela repose sur l’auto déclaratif, le volontaire et l’anonyme, se baser en somme sur le modèle américain. Il faut nécessairement mesurer face à une réalité de discrimination dès lors que l’on met une politique de valorisation en place, il faut la soutenir.

La mise en œuvre d’un dispositif ramène systématiquement à la question du communautarisme. Le modèle américain et le modèle républicain sont relativement différents. Il n’empêche que les USA ont réussi là où nous, nous sommes en retard. Aujourd’hui, il faudra bien donner du sens aux chiffres et expliquer ce que nous allons mettre en œuvre face à ces résultats, parfois encore consternant. Aux USA, les indicateurs ne posent plus de problèmes. Aujourd’hui les inégalités sociales sont toujours présentes (150 000 personnes qui sortent du système scolaire restent sans diplôme). Aux USA, c’est le pragmatisme et l’opérationnel qui priment. Le repli identitaire se fait aujourd’hui en même temps que l’on prône l’idéal républicain. Il faut désormais sortir des stéréotypes en changement l’image sociale.

Nous agissons sur deux volets, celui de l’économie et celui de l’emploi. Nous travaillons avec l’association « Nos quartiers ont des talents », en orientant et en soutenant les personnes diplômées issues des quartiers dits sensibles à se constituer un réseau pour pouvoir s’en sortir. Ce, grâce à un système de parrainage. En effet, 80% des emplois de cadre se construisent par réseaux et ce dispositif reste essentiel dans l’accessibilité à l’emploi.

Optimiste et inquiet à la fois, les institutions et un certain nombre d’acteur se sont constitués et travaillent chaque jour à lutter pour la diversité. Néanmoins, la réalité est tout autre : un taux de chômage croissant, un mineur sur deux qui vit en dessous du seuil de pauvreté…l’idéal républicain semble en panne.

Interview réalisé par Juliette REGNIER